L'Analyse des Pratiques Professionnelles

Je vais  vous présenter ma vision de l'Analyse des Pratiques Professionnelles ainsi que les modalités de mes interventions.

Les objectifs des interventions se déclinent selon 3 axes, la gestion des situations difficiles, la professionnalisation, l'inscription de l'action dans un contexte social et sociétal.

L'Analyse des Pratiques Professionnelles (APP) un mode de formation et de perfectionnement qui utilise les savoirs et valeurs des professionnels. Elle vise le développement professionnel, la découverte et l'acquisition de nouvelles compétences par l'intégration de la théorie à la pratique. Elle permet le développement de plus de conscience des sentiments, émotions et capacités relationnelles. Elle s'inspire des théories de l'apprentissage et du changement[1].

 

De façon plus concrète, l'adoption d'une posture réflexive sur le travail réel conduit à une objectivation de ce dernier. Il peut alors être repensé dans un cadre plus large, celui des politiques publiques et de la société en général. Les apports méthodologiques proposés par l'intervenant offrent aux travailleurs sociaux la possibilité d'une meilleure appropriation de leur travail réel, la possibilité d'y aménager des marges d'autonomies. Cet aspect est essentiel au regard de leur engagement, c'est aussi un efficace moyen de prévention des risques psychosociaux (RPS). Enfin la réflexion induit une distanciation qui permet au travailleur social d'assoir sa posture professionnelle, de la dégager de ses ressentis émotionnels.

Tous ces effets sont amplifiés par la dynamique de groupe qui agit comme une caisse de résonnance.

 

[1] Définition proposée par M. Kretschmer dans "L'analyse des pratiques professionnelles" L'Harmattan, 2000.

 

 

Méthode d'organisation pédagogique

Le praticien est invité, à partir d'une situation qui lui pose problème, à interroger sa posture professionnelle, à objectiver cette situation difficile. C'est à l'issue de ce processus qu'une stratégie d'action pourra être élaborée, celle-ci se faisant de façon groupale, en intégrant tout à la fois les savoir-faire de chacun et les apports théoriques de l'animateur. In fine l'ensemble des travailleurs sociaux se trouvent outillés pour affronter la situation initiale (dans le cas du rapporteur du cas initial) et celles qui lui seraient semblables.

Nous pouvons parler d'un accroissement de compétences et d'une consolidation de l'identité professionnelle tant dans sa dimension individuelle que groupale.

Je pense qu'un des critères d'évaluation de l'efficience des séances d'APP est leur impact sur la pratique au quotidien. Une APP est donc tout autant pratique que théorique. Aussi, j'accorde une place importante aux techniques de mise en situation telle que celle du  jeu de rôle par exemple. Technique qui permet au praticien d'ajuster sa posture professionnelle, d'expérimenter de nouvelles réponses, de se questionner sur le positionnement de chacun des acteurs, ainsi peut-il accroitre sa capacité à gérer les situations difficiles.

Les croyances et les représentations peuvent être travaillées sous forme graphique en utilisant le dessin par exemple, de même  qu'une analyse systémique de la situation.

Des propositions de textes ou d'articles peuvent également servir de support à la réflexion du groupe.

 

En définitive, si le déroulement d'une séance d'APP est relativement normé et s'articule autour de quatre mouvements qui s'alimentent les uns les autres, les outils mobilisés pour les animer peuvent être multiples et divers. Je puise dans une "boite à outils" en fonction des circonstances et du déroulement de la séance.

 

Éléments de contenu formatif

L'ambition de l'APP est de permettre au praticien de perfectionner sa pratique au travers d'un retour réflexif, à postériori, sur un vécu professionnel. Il est donc difficile de définir par avance un réel programme et un contenu de formation précis.

Pour autant sans présumer des situations qui seront rapportées, je peux facilement imaginer que l'analyse d'une situation difficile dans un groupe d'APP se trouve au confluent des quatre perspectives suivantes :

  • L'analyse de la situation de travail et la posture professionnelle
  • La compréhension de la situation difficile
  • La dynamique du groupe
  • L'inscription dans le cadre des missions de service publique

Je m'efforce de faire observer les cas qui seront rapportés dans l'espace d'APP, selon ces quatre perspectives, ce qui peut se schématiser de la façon suivante :

 

Capture

 

Le schéma ci-dessus présente comment un cas rapporté par l'un des intervenants peut être observé. Il mentionne un ensemble de domaines et auteurs qui peuvent venir nourrir la réflexion du groupe. La liste des auteurs et des disciplines n'est nullement exhaustive, d'autres pourront être convoquées. Cette liste n'a pour ambition que de présenter la richesse des apports théoriques que je pourrais apporter. Ceux-ci seront mobilisés en fonction des besoins et des attentes des participants, en fonction des situations rapportées, en fonction des profils des participants.

Parce qu'au final, une intervention en APP se doit de répondre à la commande institutionnelle tout comme à la commande moins implicite des participants. C'est ce qui permet de garantir leur  adhésion et engagement dans le dispositif. C'est à cette condition que l'APP peut produire tous ses effets.

C'est pourquoi je m'attache à donner à mes interventions une grande plasticité.

 

Les points de vigilance

Les clés de la réussite du bon fonctionnement des séances d'APP sont

  • La confidentialité
  • Le respect
  • La confiance
  • L'engagement des participants
  • La bienveillance
  • L'absence du jugement dans les propos qui sont tenus

 

La confidentialité est une des règles essentielles. En l'absence de confidentialité, il ne peut y avoir de confiance, d'engagement etc…

Chacun des participants, intervenant compris, devra s'engager à respecter la confidentialité de l'espace d'APP. Cela suppose que l'institution accepte que cet espace soit frappé du sceau de la confidentialité.

 

L'engagement des participants dépend de chacun d'eux. Il revient à l'institution de préciser si la participation aux séances relève d'un principe de libre adhésion ou si elle est obligatoire. Au-delà de cet aspect présentiel, l'engagement dont il s'agit ici est celui de l'implication des acteurs qui ne peut advenir sans que l'espace d'APP soit un espace de respect, de bienveillance, de non jugement, propice à l'installation d'un climat de confiance.

Il m'appartient de veiller à ce que ce soit le cas et de créer les conditions d'un tel climat.

 

L'autre point de vigilance majeur qui est de ma responsabilité concerne le contenu des séances.

Je dois prévenir et contenir tout glissement de fonction.

  • L'APP n'est pas la régulation d'équipe, ce n'est pas un espace de régulation institutionnel.
  • L'APP n'est pas l'analyse institutionnelle, elle ne vise pas à pointer les dysfonctionnements de l'institution, cela relève plutôt de l'audit.
  • L'APP n'est pas l'étude de situation et de cas. L'APP vise la professionnalisation des praticiens plutôt que le traitement de cas particulier. D'autres espaces tels que ceux dédiés aux réunions cliniques sont plus adaptées.
  • L'APP n'est pas la supervision. Elle s'adresse au professionnel alors que la supervision s'adresse également à l'individu. Cette dernière va explorer plus en profondeur les résonnances individuelles. L'APP se limite à mettre en lumière les impacts de ces résonnances sur la posture professionnelle. D'autres espaces (supervision ou thérapie) sont plus adaptés à leur analyse.

Ainsi, je veille et garantit que ce qui se travaille dans l'espace d'APP relève bien de cette technique, que c'est un espace de paroles qui s'adresse aux praticiens pour qu'ils développent leur praxis.